Dans cet article, je vais essayer de synthétiser l’expérience acquise en six mois d’utilisation relativement soutenue de mon Ar Drone (Octobre 2010 à Mars 2011). Découvertes, satisfactions, insatisfactions, problèmes, solutions, bricolages, recherches : le tout non pas dans un ordre chronologique, mais comme si je m’adressais à un nouvel utilisateur qui aurait envie de profiter, par ordre de priorité, de mes expériences et d’éviter les erreurs que j’ai pu commettre. En toute modestie, naturellement, car il y a un grand nombre d’alternatives à mes « solutions » et c’est aussi un grand plaisir que de les découvrir soi-même !
Premiers vols : risque maximum !
Aussitôt le carton ouvert, on est bien naturellement impatient de faire voler l’engin (encore faut-il attendre une éternité la charge de la batterie), et là, aussitôt deux dangers vous guettent :
- la tentation de voler dans votre séjour (enfin, je ne connais pas votre séjour, mais un séjour normal, quoi !) qui va immanquablement se terminer dans le décor, avec ou sans dégâts pour les bibelots et pour le drone, et surtout une impression frustrante que « c’est de la daube », « c’est instable etc. », dont les causes principales sont notre inexpérience et les méchantes turbulences propres à un local exigu.
- En extérieur (sans vent, naturellement), la tentation de voler en « altitude » avant de savoir voler à hauteur humaine ! Ajouter la troisième dimension quand on n’en maîtrise pas deux est bien risqué !
« Ascending Drone » : le bug du Loch Ness !
Je place ce paragraphe immédiatement après le déballage, car il me semble, au travers de mon expérience personnelle et de la lecture des différents forums, que ce monstre attaque principalement les bleus !
Comme le monstre du Loch Ness, beaucoup l’ont vu, en ont entendu parler, y croient, n’y croient pas, mais rien n’est clair en la matière. Il existe un bug répertorié #55 sur le site de Parrot, en statut « urgent » depuis… 5 mois !
Ce qui est certain, c’est que je n’ai pas pu le mettre à nouveau en évidence passé le premier jour !
Ce qui est possible en tous cas c’est que ce phénomène soit facile à enrayer à partir du moment où l’expérience du pilotage et de ses automatismes laisse l’esprit clair pour le contrer immédiatement : j’ai donc cessé d’en avoir peur, il peut bien (re)venir, j’assure !
Préservez votre capital : mieux vaux prévenir que guérir !
Un truc quand-même : si vous inscrivez votre nom et téléphone sur le drone, ça augmentera vos chances de le récupérer en cas d’évasion !
Tel qu’il est livré, l’ArDrone présente quelques faiblesses mineures dont les conséquences peuvent être majeures :
1. L’absence de tout dispositif d’amortissement : le chemin des croix !
C’est quasiment un scandale. Poser durement un aéronef sur des pieds chaussés de semelles dures comme la pierre, est l’assurance absolue de casse de croix, de « déchaussage de moteurs » (pas grave : recoller à la superglue le « couvercle » supérieur du moteur), ou autres dégâts plus insidieux, mais présents.
L’énergie d’un choc doit être dissipée par un moyen quelconque, sans quoi elle se propage à l’étage suivant etc. Rien ne sert de renforcer la croix si le choc fracasse autre chose ! (souvenons-nous que le poids est l’ennemi de la machine violante)
Pour ma part, je me suis confectionné des amortisseurs à partir de demi balles en mousse sur des rondelles faites à partir de capsules de bouteilles de jus de fruits, et solidement vissées (pas collées), sur le méplat du train d’origine (3,2 g par pied) :

Si vous ne vous sentez pas pour bricoler ça, je crois savoir que vous allez pouvoir trouver du « tout fait » dans votre boutique favorite…
2. La caméra avant : elle n’est pas très bien attachée !
Au premier choc sur le pif, ce petit bout de plastique mal collé va se faire la malle, vous laissant une vue très intime sur son capteur. Alors avant que ça arrive (merci VHF pour le truc), entourez-le d’un tour ou deux de ce ruban adhésif miraculeux dont on parlera plus loin :

3. La fixation des carènes : être aimant n’est pas suffisant !
Toujours selon le principe de la dissipation de l’énergie en cas de choc, il est bon de doubler le pauvre aimant chargé de maintenir la carène par 3 cm de velcro adhésif. C’est particulièrement utile pour la grosse carène d’intérieur qui va se faire la malle sans résistance au moindre choc, abandonnant toute défense de son drone et de sa caméra.
Au contraire l’arrachement progressif du velcro va encaisser une bonne partie de l’énergie : c’est le « chrkchrkchrkchrk » qui sauve !

Et bien volez, maintenant !
Vous avez pris toutes les précautions ci-dessus (surtout les amortisseurs, hein !) et vous voilà prêts à voler.
La salle est grande (veinard !), le temps est calme, la batterie est chargée, vous avez choisi sagement la carène intérieure (ou vous avez un stock d’axes, d’hélices, de couronnes etc.), on y va…
1. Roulement de batteries…
Et dix minutes (maximum) après c’est fini, la batterie est vide, vous n’avez rien appris, il faudra attendre une heure pour la reposer et près de deux heures pour la recharger : total 3 heures. Autant laisser tomber tout de suite !
A mon avis, il est indispensable pour progresser, de disposer d’au moins 4 batteries : 40 à 50 minutes de vol, avec 3 arrêts au stand ! Quand vous preniez des leçons de conduite, elles duraient 10 minutes ?
Le chargeur de Parrot n’est pas très efficace, ni très performant. Il vous faudra donc acheter (acheter, acheter, encore acheter !) un chargeur-équilibreur de modélisme avec son alimentation secteur, et 3 ou 4 batteries supplémentaires : vous volerez longtemps sans mettre la pression sur les batteries, en les remettant en charge sans attendre le temps nécessaire (un certain temps !), et vous volerez dans le bonheur de l’abondance !
2. Faites chauffer la colle !
Vous n’avez pas peint votre première carène extérieure et vous ne l’avez pas encore ornée de guirlandes de leds multicolore et clignotantes, car sinon vous allez pleurer !
La carène intérieure est la meilleure et la pire des choses, mais pour l’entraînement initial elle sera votre meilleure amie : elle encaissera vos maladresses (si, si !), elle vous permettra d’être audacieux (indispensable pour progresser) à bon compte, elle vous apportera une certaine tranquillité !
Au prix de casses et de réparations si faciles que ce sera quasiment un plaisir : réparée (élégamment) de partout, ses discrètes cicatrices seront les témoins de votre progression. Pas de colle au pistolet, pas de Pattex, pas de temps de séchage : avec de l’adhésif double face pour la fracture et un bon ruban adhésif pour une atèle extérieure, plus vous la réparerez, plus elle sera solide :


3. Mode de pilotage : préparez votre avenir !
Ce point va certainement être un objet de controverses, mais tant pis : l’ArDrone est vendu avec un argument de pilotage « intuitif » qui utilise les accéléromètres de votre iDevice pour commander l’assiette (inclinaison) de l’engin. Par ailleurs, les applications proposent par défaut un pilotage « main droite »…
Etes-vous certains que quand vous aurez épuisé toutes les joies de l’ArDrone, vous n’allez pas tâter de l’hélico, ou de l’avion ? Si oui, continuez le pilotage « intuitif », sinon, passez maintenant aux modes « accéléromètres désactivés » et « gaucher » pour ne pas avoir à tout réapprendre dans quelque temps ! Autre chose : vous vous voyez piloter en FPV (pilotage en regardant l’écran) si vous êtes obligés de vous écarteler la nuque pour suivre l’image sur écran incliné de 45° dans toutes les directions et qui bouge tout le temps ?
De plus un pilotage ultra précis suppose de disposer d’un point fixe de référence permanent pour le geste : en inclinaison, vous n’en avez pas, avec un joystick (surtout s’il est matériel), le pouce bouge par rapport à une main fixe.
Pensez-y maintenant, après ce sera plus difficile !
Une petite précision sur les réglages de l’iDevice : le paramètre « inclinaison de l’iDevice » (à ne pas confondre avec « inclinaison maxi du drone » est également opérant pour le mode « accéléromètres désactivés » : il va régler l’amplification de votre geste. Pour une valeur faible, un petit déplacement du pouce entraînera une forte inclinaison du drone et inversement. Donc, une valeur médiane ou supérieure est un bon réglage pour débuter.
4. Karen Hinterieure est une traînée !
Sachez larguer votre amie la carène intérieure quand vous aurez découvert ses limites : elle a tellement de prise au vent (traînée) et d’inertie, que le drone, qui semble « limite » en puissance pour le lacet, refuse souvent de tourner vers l’intérieur d’un virage rapide (et même pas tant que ça) : ça se termine dans le décor si un coup de frein désespéré n’est pas donné à temps ! Rassurez-vous, avec la carène extérieure (vous pouvez garder le réglage « carène intérieure », cela s’avère plus agréable), rien de tout ça : l’engin obéit parfaitement et le vol devient incomparablement plus efficace, fluide et élégant ! Mais gaffe à la casse, prévoir quand même un petit stock de survie : hélice, couronne, axe.
Conclusion : queue du bonheur !
Finalement l’ArDrone est un progrès majeur par l’apport étonnant de l’autopilote. Cette facilité offerte de lâcher les commandes sans risque, le temps de reprendre ses esprits (et son calme) est un atout que les hélicos RC n’ont pas (encore ?). De plus sa solidité (si, si, allez voir voler des hélicos RC pour comparer, hier j’en ai vu 3 sur 5 hors service pour des « touchettes » qui nous feraient rire), attire aussi des modélistes chevronnés, même s’ils en ont un peu honte. Passer par l’Ar Drone est un atout pour tâter plus tard du plus dur (et plus fragile) et plus risqué ! Tous ces atouts sont là pour nous faire oublier ses quelques défauts de jeunesse et insuffisances qui seront peut-être corrigées un jour… Mais c’est là une autre histoire ! Bon vols à tous…
